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Il n’y a pas assez de données pour affirmer que la vitamine D peut traiter ou prévenir la COVID-19

par Cédric Ayisa - 25 décembre 2020   897 vues   8 min
Il n’y a pas assez de données pour affirmer que la vitamine D peut traiter ou prévenir la COVID-19

Propos vérifié

Il n'y a pas suffisamment de preuves pour justifier l'utilisation de la vitamine D comme prévention ou traitement de la COVID-19

Verdict

Exact dans son ensemble (avec réserves)

Un article publié par l'Université de l'Alberta en septembre 2020 affirme qu'il n'y a pas assez de preuves pour justifier l'utilisation de la vitamine D dans le traitement de patients atteints de la COVID-19. Fin décembre 2020, nous estimons que cette affirmation est toujours exacte. Cependant, nous émettons des réserves car le corpus de connaissances sur ce sujet ne cesse de s'étendre et certaines études indiquent une association significative, même s’il ne s’agit pas de causalité, entre les niveaux de vitamine D et les admissions et les complications dues à la COVID-19. 

 

Pourquoi nous vérifions ce propos

Depuis le début de la pandémie, nous avons vu de nombreuses assertions selon lesquelles la vitamine D est utile pour la prévention et le traitement de la COVID-19 - qu'elles soient publiées dans les médias traditionnels ou qu'elles circulent librement sur les réseaux sociaux. Avec le début de l'hiver dans l'hémisphère nord, le débat sur la question de savoir si la vitamine D traite et prévient la COVID-19 bat son plein une fois de plus. Elle est également alimentée par plusieurs nouvelles études et publications contradictoires qui ne sont pas basées sur des essais cliniques, et par le début d'un nouvel essai clinique qui ne donnera des résultats que dans plusieurs mois.

 

Pourquoi il n'y a toujours pas assez de données pour recommander la vitamine D comme traitement ou prévention contre la COVID-19

Plusieurs études et certaines recommandations issues de ces études ont été publiées (ou sont en cours de publication) depuis le début de la pandémie, ce qui n'est pas surprenant. Cependant, les études ne s'accordent pas toutes sur le fait que la vitamine D est utile pour prévenir ou traiter la COVID-19 - ce qui n'est pas surprenant non plus. Les échantillons de participants sont généralement petits. Et il ne s'agit pas d'études basées sur des essais cliniques aléatoires contrôlés, mais plutôt d'associations constatées lors de l'analyse des données de patients COVID-19 admis à l'hôpital. 

Une étude plus vaste, menée à partir de sources publiques et qui vient d’être publiée dans le Journal Health Security, le 14 décembre, a établi un lien entre la prévalence de la carence en vitamine D, le risque d'être infecté par la COVID-19, la gravité de la maladie et le risque d'en mourir, dans 46 pays. Mais une association n'implique pas un lien de causalité. Une association peut montrer une relation entre des éléments, mais cela ne signifie pas que l'un cause l'autre : l'association n'implique pas de causalité, une affirmation réitérée dans l'article de l'Université d'Alberta

Par exemple, les personnes ayant la peau foncée, qui sont obèses, qui sont âgées ou qui sont institutionnalisées sont plus susceptibles d'avoir une carence en vitamine D et de souffrir d'autres affections telles que l'hypertension et les maladies cardiovasculaires. Plusieurs de ces groupes ont également une sensibilité accrue à la COVID-19. Mais il n'a pas été prouvé que la carence en vitamine D soit la cause de la maladie dans ces populations. 

Une méta-analyse publiée par la Royal Society du Royaume-Uni, le 1er décembre 2020, conclut que "les preuves reliant la carence en vitamine D à la gravité de la COVID-19 sont circonstancielles mais considérables" et recommande de " vérifier et/ou compléter le statut en vitamine D des personnes admises à l'hôpital avec la COVID-19, et d’envisager de tester le calcifédiol à forte dose dans l'essai RECOVERY". 

Les conseils les plus récents sur l'utilisation de la vitamine D pour la COVID-19 sont le résultat d'un examen de toutes les preuves disponibles à ce jour. Ils ont été publiés le 17 décembre, également au Royaume-Uni, par le National Institute for Health and Care Excellence, UK (NICE), et sont très explicites : "N'offrez pas de supplément de vitamine D uniquement pour prévenir la COVID-19, sauf dans le cadre d'un essai clinique".

En ce moment, tous les yeux sont tournés vers l'étude clinique qui a débutée en octobre 2020, financée par la Bart's Charity et menée par l'Université Queen Mary de Londres, au Royaume-Uni. Les résultats ne seront pas disponibles avant plusieurs mois, et bien qu'il soit tentant de les généraliser aux populations du monde entier, les participants à l'étude proviennent tous du Royaume-Uni. 

Il s'agit d'un aspect important de l’étude en raison de la différence possible entre le comportement de la vitamine D chez les personnes vivant dans des pays où l’exposition au soleil varie. Par exemple, les conclusions tirées d'un essai de juin à octobre 2020 en double aveugle, aléatoire et contrôlé par placebo, impliquant 240 patients hospitalisés souffrant de COVID-19 sévère au Brésil (publié en prépublication), a trouvé que l'administration de vitamine D "n'a pas réduit la durée du séjour à l'hôpital ni affecté tout autre résultat pertinent par rapport au groupe placebo".

En date du 23 décembre 2020, Santé Canada rapporte deux essais étudiant les effets de la vitamine D sur la COVID-19 au Canada, l'un dans le traitement des patients et l'autre dans la prévention de la COVID-19 chez certains travailleurs de la santé. 

Tous s'accordent à dire que d'autres études devraient être menées. Par conséquent, toutes ces raisons nous amènent à confirmer le propos de l'Université de l'Alberta, selon laquelle il n'y a pas suffisamment de preuves à l'heure actuelle pour justifier l'utilisation de la vitamine D comme prévention ou traitement de la COVID-19.

 

Pourquoi le débat sur la vitamine D est toujours d'actualité 

Il y a des raisons scientifiques, psychologiques et financières pour lesquelles le débat sur la vitamine D se poursuit. En cas d'urgence, les mesures préventives et les traitements susceptibles d'atténuer les effets d'une maladie doivent être discutés et étudiés de manière appropriée. Cependant, ils ne devraient être adoptés qu’après un nombre suffisant de preuves cohérentes et solides. En l'absence de celles-ci, certains traitements peuvent être autorisés pour des études uniquement, ou pour un usage compassionnel et d'urgence. 

Dans le cas de la vitamine D, les principales raisons pour lesquelles on pense qu'elle a le potentiel de prévenir ou de traiter la COVID-19 sont que la vitamine renforce l'immunité innée dans la paroi des poumons et peut réguler l'inflammation nocive. D'autres études sont nécessaires pour déterminer, dans des conditions contrôlées, si l'administration de vitamine D aux patients atteints de la COVID-19 diminue la gravité de la maladie ou le taux de mortalité. 

En plus de raisons scientifiques, le débat sur la vitamine D est toujours au premier plan pour des raisons psychologiques. Depuis le début de la pandémie, nous avons constamment noté que dans le doute et sous l'effet du stress, de nombreuses personnes croient des informations conformes à leurs convictions plutôt que des informations factuelles - ce qu'on appelle le biais de confirmation. Il existe bien d'autres raisons psychologiques pour lesquelles la désinformation peut être crue et se propager, que vous pouvez trouver ici. Même sans preuves, certaines personnes préfèrent prendre la voie du "ça ne peut pas faire de tort" - même si dans le cas de la vitamine D, il peut être dangereux de s'auto-prescrire de grandes quantités de vitamine D. 

Selon l'article publié par l'Université de l'Alberta, dont nous trouvons l'affirmation initiale exacte, il est toujours important d'examiner les raisons pour lesquelles on vante certains traitements potentiels, car le marché de la vitamine D est aujourd’hui devenu un marché de plusieurs milliards de dollars.

 

Pourquoi et quand devrions-nous prendre de la vitamine D ?

La plupart des experts et des études s'accordent sur un point : le rôle principal de la vitamine D, sous sa forme hormonale, le calcitriol, est de favoriser la santé des intestins, des os et des reins. Les humains de tous âges doivent recevoir des apports adéquats en calcium et en vitamine D pour maintenir la santé des os et des articulations. Jusqu'à la fin de la vingtaine, la vitamine D sert à construire la masse osseuse et ensuite, à maintenir ou prévenir la détérioration des os.  

La vitamine D, sous sa forme hormonale, interagit avec le récepteur VDR des cellules T activées. Elle peut inhiber la prolifération des cellules T auxiliaires et la production d'immunoglobulines des cellules B. Elle garantit que vos cellules T ne sont pas trop activées lors d'une réponse immunitaire. Mais son rôle dans le système immunitaire n'est pas encore bien décrit. La recherche d'un lien entre la vitamine D et un effet sur le système immunitaire nécessitera d'autres recherches. Jusqu'à présent, aucune preuve n’existe qui prouve que la vitamine D pourrait avoir un effet dans la prévention de la COVID-19. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour déterminer le rôle potentiel que la vitamine D et la carence en vitamine D pourraient jouer dans la prévention et le traitement de la COVID-19.

Si vous pensez que vous avez une carence en vitamine D, consultez votre médecin pour savoir si un complément peut vous convenir et comment le prendre. 

Notre objectif est de vous fournir des faits vérifiés aussi exacts et à jour possible. Si vous pensez que nous avons fait une erreur ou que nous avons omis des renseignements importants, veuillez nous contacter.

  Propos vérifié

Université de l'Alberta

Organisation
Il n'y a pas suffisamment de preuves pour justifier l'utilisation de la vitamine D comme prévention ou traitement de la COVID-19

Verdict:

Exact dans son ensemble (avec réserves)

 25 décembre 2020


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