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L'immunité collective naturelle contre la COVID-19 ne peut pas être obtenue facilement ni de manière sécuritaire

par Grailing Anthonisen - 29 octobre 2020   239 vues   12 min
L'immunité collective naturelle contre la COVID-19 ne peut pas être obtenue facilement ni de manière sécuritaire

Propos vérifié

Les "Pox parties" sont un bon moyen de renforcer l'immunité contre la COVID-19

Verdict

Inexact (sans fondement dans les faits; marge d'erreur inacceptable)

Un article du Daily Mail du 23 octobre 2020 rapporte que le professeur Paul Lehner de l'université de Cambridge affirme qu’en l’absence d’un vaccin, le fait d'infecter délibérément les enfants à la COVID-19 lors de "Pox parties" pourrait être un bon moyen d'aider à créer une immunité collective contre la COVID-19. Cette affirmation est inexacte car nous n'en savons pas assez sur l'immunité et l'immunité de groupe contre la COVID-19. En général, de telles initiatives ne sont pas recommandées par les autorités de santé publique.

Si l'infection naturelle est l'un des deux moyens d'atteindre l'immunité collective en général, plusieurs facteurs sont inconnus quant à la manière de l'atteindre pour la COVID-19, incluant s’il s’agit d’une bonne idée de l'atteindre naturellement. Chercher à atteindre l’immunité collective naturelle, lorsque le taux de mortalité d'une maladie est aussi élevé que celui de la COVID-19, pourrait être considéré comme contraire à l'éthique. On ne sait pas exactement combien il faudrait de personnes infectées pour arriver à une immunité de groupe, ni combien de temps il faudrait pour qu'un nombre suffisant de personnes soient infectées. Nous ne savons pas non plus combien de temps les gens restent immunisés contre la COVID-19 après leur rétablissement, ce qui signifie que la réinfection, bien que peu fréquente, reste possible.

Pour appuyer son affirmation, Lehner a également suggéré que les enfants et les jeunes ne tombent pas malades avec la COVID-19, ce qui est faux. Les enfants peuvent être gravement malades et ils peuvent infecter des adultes et d'autres membres de leur famille. Atteindre l'immunité collective en permettant aux gens d'être infectés naturellement augmenterait considérablement le risque de mortalité et laisserait de nombreux survivants avec des séquelles inconnues, dont certaines pourraient être durables.

Qu'est-ce qu'une "Pox party" ?

Il s’agissait d’une alternative populaire mais controversée à la vaccination contre des maladies telles que la varicelle - d'où le terme littéral de "fêtes de la varicelle" – qui consiste à réunir des enfants non immunisés en bonne santé et à les exposer à une maladie pour laquelle il n'existe pas de vaccin, afin de créer éventuellement une immunité naturelle contre cette maladie.  Les Centers for Disease Control and Prevention des États-Unis mettent en garde contre une telle méthode de création d'immunité.

Qu'est-ce que l'immunité collective ?

Selon la Mayo Clinic, l'immunité collective est obtenue lorsqu'un nombre suffisant de personnes d'une communauté, d’un groupe, sont immunisées contre une maladie, ce qui rend peu probable sa transmission d'une personne à une autre. Le nombre de personnes qui doivent être immunisées pour atteindre l'immunité collective varie d'une maladie à l'autre, selon le degré de contagion de la maladie. Il existe deux moyens d'atteindre l'immunité collective: la vaccination et l'infection naturelle.

Dans le cas de la COVID-19, on ne sait pas encore combien de personnes devraient être infectées et se rétablir pour atteindre l'immunité collective. Une étude, en pré-publication, a montré qu'elle ne s’établirait à entre 10 et 20 % de la population, tandis qu'une autre étude avance que l'immunité de groupe nécessiterait l'immunité de 60 à 70 % de la population. Ces chiffres sont basés sur des calculs théoriques et des modèles qui peuvent ne pas être valables dans la pratique.

Il existe, selon la clinique Mayo, un certain nombre d'inconvénients et d'incertitudes concernant l'obtention de l'immunité collective par une infection naturelle, notamment l'incertitude sur l’immunité possible des personnes infectées par la COVID-19 et les risques d'infections généralisées qui dépassent les capacités des systèmes de santé et provoquent des décès évitables. Lors d'une récente conférence de presse, le directeur général de l'OMS, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, a qualifié l'immunité collective par infection naturelle, en tant que politique de santé, de "scientifiquement et éthiquement problématique".

L'infection à la COVID-19 donne-t-elle l’immunité ?

On ignore combien de temps l'immunité à la COVID-19 dure après la guérison. Il existe des preuves qu'une réinfection est possible. Le Journal of the American Medical Association a publié une étude sur le personnel de santé qui a travaillé directement avec des patients atteints de la COVID-19. L'étude a révélé que deux mois seulement après avoir été testé positif aux anticorps de la COVID-19, 58 % du personnel ne possédait plus d'anticorps détectables - leur système n'avait plus suffisamment de propriétés immunitaires (cellules qui créent les petites armes qui attaquent le virus). Dans le cas des 42 % du personnel qui possédaient encore des anticorps on observait une diminution était importante. De même, une pré-publication dans la revue Immunity (une version revue par des pairs mais pas encore définitive d'un article scientifique) a révélé que l'immunité contre la COVID-19 pouvait durer jusqu'à 7 mois.

Les Centers for Disease Control and Prevention des États-Unis expliquent que le risque de réinfection peut être inférieur à celui de la première infection mais qu'il est toujours possible, même s’il est rare. La possibilité d'être réinfecté existe pour de nombreuses personnes, un risque qui augmenterait selon le temps écoulé entre la guérison et la première infection. D'autres coronavirus peuvent réinfecter les gens.

Les infections sont-elles dangereuses pour les enfants ?

Lehner aurait déclaré que les jeunes ne tombent pas malades avec la COVID-19. Ce n'est pas vrai. Il y a plusieurs dangers à infecter délibérément des enfants. Selon les CDC américains, si la plupart des enfants atteints de la COVID-19 sont plus susceptibles de présenter des symptômes légers, ils peuvent néanmoins tomber gravement malades et nécessiter une hospitalisation. Les enfants souffrant de maladies sous-jacentes, comme l'asthme ou le diabète, sont plus sujets à une maladie grave. Selon Johns Hopkins Medicine, 8 enfants sur 100 000 infectés par la COVID-19 doivent être hospitalisés – un niveau inférieur à celui des adultes qui est de 165 adultes sur 100 000 – mais un tiers de ces hospitalisations nécessitent des soins intensifs.

De plus, comme nous l'avons déjà expliqué sur FaitsCOVID19.ca, la COVID-19 est lié à une maladie inflammatoire chez les enfants. Comme le note Harvard Health, les enfants sont plus susceptibles de souffrir d'une complication connue sous le nom de syndrome inflammatoire multisystémique. Cette complication peut entraîner des problèmes graves et potentiellement mortels au niveau du cœur et d'autres organes.

Quel est le danger d'une infection naturelle pour les autres personnes ?

L'atteinte de l'immunité collective par infection naturelle comporte un coût humain énorme et indéterminé. Comme l'explique un autre de nos articles sur FaitsCOVID19.ca, les enfants peuvent également transmettre le virus à d'autres personnes, y compris aux membres de leur famille qui sont plus sensibles aux infections graves. Selon le Canadian Medical Association Journal, les enfants de plus de 10 ans sont tout aussi capables que les adultes d'infecter d'autres personnes. En raison d'une lacune dans la recherche, il n'est pas certain que cela soit vrai pour les enfants de moins de 10 ans. Selon Harvard Health, des enfants infectés par la COVID-19 avaient autant, voire plus, de coronavirus dans leurs voies respiratoires supérieures que des adultes infectés. Cela signifie que même s'ils sont asymptomatiques ou présentent des symptômes très légers, ils peuvent quand même infecter d'autres personnes.

Au niveau international, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), en date du 27 octobre 2020, il y a eu plus de 1,1 million de décès de la COVID-19. Au Canada, selon Santé Publique, 9 922 cas sur 213 959 ont été mortels. Les personnes âgées de 60 ans ou plus et celles souffrant de maladies sous-jacentes sont les plus susceptibles de subir des formes graves de la COVID-19 ou de mourir.

Tout le monde n'est pas affecté de la même façon par la COVID-19. Les communautés raciales et ethniques minoritaires sont beaucoup plus susceptibles de souffrir de cas graves et de mourir d'une infection à la COVID-19. Cette situation est principalement due aux problèmes sous-jacents associés aux communautés minoritaires, tels que la vie dans des logements surpeuplés, le travail dans des domaines essentiels, une plus grande probabilité d'avoir des conditions sous-jacentes, un accès inégal aux soins de santé, pour n'en citer que quelques-uns. Selon la Johns Hopkins Medicine, c'est le cas des personnes de couleur en général, et des Noirs américains en particulier, aux États-Unis. C'est le cas des enfants et des jeunes de 21 ans et moins. Les CDC américains ont obtenu des résultats similaires. Une enquête a révélé que les Hispano-Américains, les Noirs et les autochtones sont affectés de manière disproportionnée par la COVID-19 aux États-Unis et sont plus exposés à des infections graves et à la mort. Selon le Lancet, c'est également le cas au Royaume-Uni. De même, le groupe de recherche canadien INNOVATION, en partenariat avec le Conseil afro-canadien de l'engagement civique, a constaté que les Canadiens noirs sont beaucoup plus susceptibles d’avoir des symptômes, de chercher un traitement et près de trois fois plus susceptibles de connaître quelqu'un qui est mort du virus.

Selon l'OMS, 10 à 15 % de tous les cas de COVID-19 deviennent graves. Dans certains cas, la maladie se prolonge et les personnes concernées ont l'impression de ne pas se rétablir complètement. Les personnes, y compris les jeunes adultes et les personnes sans pathologie sous-jacente qui n'ont pas été hospitalisées, peuvent longtemps ressentir des symptômes persistants. En effet, même lorsque les personnes survivent à l'infection, la COVID-19 peut entraîner ou augmenter le risque d'effets à long terme sur la santé, tels que des lésions ou insuffisance cardiaques, des lésions pulmonaires et des troubles cognitifs, affectant la mémoire et la concentration.

L'expérience suédoise

La Suède a été l'un des plus ardents défenseurs de la stratégie d'immunité collective et, bien qu'elle ait mis en œuvre des mesures de santé publique depuis le début de la pandémie, ces mesures ont été moins sévères que dans de nombreux autres pays. L'Agence de santé publique et le Premier ministre suédois ont qualifié l'immunité collective de politique de santé "de bon sens" pour lutter contre la pandémie de COVID-19. Cette stratégie s'est avérée moins efficace et a un véritable coût humain. Selon Johns Hopkins Medicine, la Suède a le 17ème taux de mortalité par habitant le plus élevé au monde pour la COVID-19, et un taux mortalité de 5,4%. Une étude publiée par le Journal of the American Medical Association montre que la Suède a un taux global de mortalité élevé et qu’il n'a pas diminué depuis le début de la pandémie. Les cas et les épidémies en Suède continuent d'augmenter et il n'est pas certain que le pays atteigne l'immunité collective grâce à sa stratégie de mise en œuvre de mesures de santé publique plus souples.

Proposer des stratégies quand nous n'en savons pas assez sur une maladie peut coûter des vies

L'affirmation selon laquelle les « Pox parties » sont un bon moyen de renforcer l'immunité à la COVID-19 est inexacte. On ne sait pas combien de personnes devraient être infectées. On ne sait pas non plus combien de temps les gens restent immunisés après une infection à la COVID-19, et une réinfection est possible. Les enfants peuvent souffrir de cas graves et, s'ils ont 10 ans ou plus, ils sont tout à fait capables de propager le virus, causant des cas graves et mortels et affectant de manière disproportionnée les communautés minoritaires. L'utilisation d'une infection naturelle pour atteindre l'immunité collective met un nombre incertain de personnes en danger, non seulement de mort, mais aussi d'effets sur la santé pour le reste de leur vie, comme des dommages au cœur, aux poumons et au cerveau.

La déclaration de M. Lehner n'est pas seulement inexacte, elle est erronée. Elle ne fait pas non plus l’unanimité, pas plus qu’elle ne reflète l’opinion du reste de la communauté scientifique. En effet, trente et un autres experts ont récemment rédigé un article, publié dans le Lancet, qui qualifie l'immunité collective contre les infections naturelles de "dangereux sophisme non étayé par des preuves scientifiques". Dans de telles circonstances, il est bon de se fier aux conseils et aux politiques en matière de santé provenant de la communauté au sens large et d'organismes importants, tels que les CDC américains, la Santé publique canadienne et l'OM, plutôt que ceux qui proviennent d’un seul individu.

Outre l'infection naturelle, les vaccins offrent la seule autre voie vers l'immunité collective. Comme l'indique un précédent article publié sur FaitsCOVID19.ca, on ne sait pas quand un vaccin contre la COVID-19 sera prêt ni pour combien de temps l'immunité sera assurée. Toutefois, en attendant la production et la distribution de masse d'un vaccin, il existe encore quelques stratégies pour réduire les infections à la COVID-19. Elles comprennent l'éloignement physique, la recherche de contacts, les tests et le port du masque.

Notre objectif est de vous fournir des faits vérifiés aussi exacts et à jour possible. Si vous pensez que nous avons fait une erreur ou que nous avons omis des renseignements importants, veuillez nous contacter.

Canadian Medical Association Journal:

https://www.cmaj.ca/content/192/38/E1102

Faits COVID-19

https://www.covid19facts.ca/fr/faits-verifies/apparition-d-une-maladie-inflammatoire-potentiellement-liee-a-la-covid-19

https://www.faitscovid19.ca/fr/faits-verifies/l-arrivee-d-un-vaccin-ne-permettra-pas-un-retour-immediat-a-la-vie-normale

Harvard Health:

https://www.health.harvard.edu/diseases-and-conditions/coronavirus-outbreak-and-kids

Immunity:

https://www.cell.com/immunity/pdf/S1074-7613(20)30445-3.pdf?_returnURL=https%3A%2F%2Flinkinghub.elsevier.com%2Fretrieve%2Fpii%2FS1074761320304453%3Fshowall%3Dtrue

Immunity:

https://www.cell.com/immunity/pdf/S1074-7613(20)30445-3.pdf?_returnURL=https%3A%2F%2Flinkinghub.elsevier.com%2Fretrieve%2Fpii%2FS1074761320304453%3Fshowall%3Dtrue

INNOVATION Research Group:

https://innovativeresearch.ca/the-impact-of-covid-19-on-black-canadians/

JAMA:

https://jamanetwork.com/journals/jama/fullarticle/2770928

Johns Hopkins Medicine:

https://www.hopkinsmedicine.org/health/conditions-and-diseases/coronavirus/coronavirus-in-babies-and-children

The Lancet:

https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(20)32153-X/fulltext#%20

https://www.thelancet.com/journals/lanres/article/PIIS2213-2600(20)30228-9/fulltext

The US CDC:

https://www.cdc.gov/coronavirus/2019-ncov/hcp/duration-isolation.html

https://www.cdc.gov/coronavirus/2019-ncov/daily-life-coping/children/symptoms.html

https://www.cdc.gov/mmwr/volumes/69/wr/mm6937e4.htm?s_cid=mm6937e4_x

https://www.cdc.gov/chickenpox/about/transmission.html

The Mayo Clinic:

https://www.mayoclinic.org/diseases-conditions/coronavirus/in-depth/herd-immunity-and-coronavirus/art-20486808

MedRxiv:

https://www.medrxiv.org/content/10.1101/2020.07.23.20160762v2

https://www.medrxiv.org/content/10.1101/2020.04.27.20081893v3

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS)

https://covid19.who.int/

https://www.who.int/docs/default-source/coronaviruse/risk-comms-updates/update-36-long-term-symptoms.pdf?sfvrsn=5d3789a6_2

https://www.who.int/fr/dg/speeches/detail/who-director-general-s-opening-remarks-at-the-media-briefing-on-covid-19---12-october-2020

Population Health

https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2352827320302809?fbclid=IwAR223RTANvJEwtPLXuRzRNvKNS28rRrv1Xt1HII661C7aR9zfxxTKq8b4c0

Santé Publique Canada

https://sante-infobase.canada.ca/covid-19/resume-epidemiologique-cas-covid-19.html

  Propos vérifié

Daily Mail

Organisation
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 29 octobre 2020


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