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Non, les faits « véritables » ne sont pas un antidote aux « faux faits »

par Cédric Ayisa - 31 décembre 2020   855 vues   10 min
Non, les faits « véritables » ne sont pas un antidote aux « faux faits »

Propos vérifié

Les faits véritables sont un antidote aux faux faits

Verdict

Inexact dans son ensemble (avec réserves)

Un article publié dans le Globe and Mail le 18 décembre 2020 affirme que les faits véritables sont l'antidote aux faux faits. Cette affirmation est inexacte, avec une réserve. 

Vérification des faits sur la vérification des faits

Nous avons choisi de vérifier ce propos en raison des effets négatifs de la mésinformation et de la désinformation sur la gestion de la pandémie et de l'importance de mettre en œuvre des mesures efficaces pour réduire la propagation de la mésinformation et de la désinformation. 

La mésinformation et la désinformation existent depuis longtemps, mais à cause des nouvelles technologies, elles se répandent plus rapidement et touchent de plus en plus de gens. En 2020, comme l'indiquait un précédent article publié sur Faitscovid19.ca, la mésinformation et la désinformation se sont propagées à un niveau sans précédent à la pandémie de la COVID-19 en raison de l'incertitude, de la confusion et de la peur que les gens ressentent.

Dans l'article du Globe and Mail, l'auteur explique précisément comment la mésinformation et la désinformation sapent les efforts des autorités pour lutter contre la COVID-19 et vacciner le plus grand nombre.

Cependant, ce qui a le plus retenu notre attention dans cet article est le titre, qui, selon l'auteur, est la solution aux faux faits : « L'antidote aux faux faits : les faits véritables ». Les différentes données qualitatives et quantitatives que nous avons recueillies nous amènent à affirmer que cette affirmation est inexacte. Cependant, nous maintenons une réserve, qui découle du fait que cet article du Globe and Mail a été publié dans la section "Opinion" du journal, et qu'il n'est donc pas forcément factuel en soi. Par conséquent, la vérification factuelle d'une opinion peut elle-même être remise en cause.

Les "faux faits", ça existe ?

Le premier problème auquel nous faisons face dans cette vérification des faits est le concept de "faux fait". L'expression n'est pas nouvelle, comme le montre une simple recherche sur Google. Cependant, nous nous y opposons vivement. 

Le dictionnaire Larousse définit un fait comme « Ce qui est reconnu comme certain, incontestable ». Le dictionnaire Robert le définit comme « Ce qui est constaté par l’observation (notamment scientifique) ». Compte tenu de ces définitions, un fait peut-il être techniquement ou sémantiquement faux ? Les termes « faux » et « fait" »ne sont-ils pas contradictoires ? Ne s'agirait-il pas simplement d'un mensonge, d'une fausse déclaration, d'une preuve inventée de toutes pièces ou d'une déclaration inexacte ? 

Notre questionnement ne s’arrête pas là. À la lumière des définitions ci-dessus l'expression « faits réels » n'est-elle pas également redondante? Les faits sont les faits, même si on peut s’en servir pour créer des mensonges par association ou par un faux raisonnement. 

Nous nous opposons donc d'emblée aux paramètres du propos que nous vérifions et au concept même de faux faits parce qu’il donne de la crédibilité aux mensonges et diminue la nature objective et réelle des faits. Les faits sont des faits. Ils ne sont pas faux, ils ne sont pas véritables. Ce ne sont que des faits. 

Si l'antidote aux « faux faits » était les « faits véritables », cela aurait déjà fonctionné - et ce n’est pas le cas

Le deuxième problème rencontré lors de cette vérification concerne les preuves liées à l'affirmation que les « faits véritables » soient l'antidote aux « faux faits ». Nous savons que les gouvernements, les autorités sanitaires, les scientifiques, d'autres groupes et des particuliers publient et diffusent des faits. Nous savons que d'autres groupes et individus publient et diffusent des non-faits, des mensonges, des fausses déclarations. Donc, si les faits étaient l'antidote aux mensonges ou aux fausses déclarations, la tactique n’aurait-elle pas déjà fonctionné? 

La mésinformation et la désinformation coûtent 78 milliards de dollars chaque année, selon une étude menée par la société de cybersécurité CHEQ avec l'Université de Baltimore en 2018. Aujourd'hui, dans le sillage de COVID-19, des initiatives publiques et privées ont été mises en place pour lutter contre la mésinformation et la désinformation, en créant des contenus avec des « faits réels », comme le suggère l'auteur du propos que nous vérifions et en amplifiant la diffusion de ces contenus par le biais des médias traditionnels et des réseaux sociaux. Mais le problème persiste. Nous en déduisons que si l'antidote aux « faux faits » était des « faits réels », ces initiatives auraient déjà atteint leur but - et ce n'est pas le cas. C’est pour cela que nous avons émis notre verdict d'inexactitude. Mais nous avons voulu approfondir encore un peu plus la question. 

Pourquoi les faits ne suffisent-ils pas?

Les chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT) ont publié une étude en 2018 qui explique que la désinformation se répand 6 fois plus vite que les informations réelles. Parmi les nombreux responsables de cette désinformation, on trouve les biais cognitifs, plus précisément les biais de confirmation: ils font référence à la tendance à privilégier les informations qui confirment nos croyances existantes. La dissonance cognitive peut également nous amener à rejeter des faits qui ne correspondent pas à nos croyances. 

Une personne qui croit en quelque chose acceptera plus rapidement des informations qui vont dans le même sens que sa croyance. D'autre part, elle aura du mal à abandonner cette croyance, à accepter de nouveaux faits, même s'ils sont « vrais/véritables ». Les biais ou dissonances cognitives n'ont rien à voir avec l'intelligence, mais plutôt avec les croyances. C'est pourquoi nous pouvons parfois être surpris de voir certaines personnes épouser des déclarations et des idées qui ne sont pas fondées dans les faits. 

Récemment, le député indépendant Randy Hillier, qui représente la circonscription de Lanark-Frontenac-Kingston en Ontario (Canada), a publié sur son compte Twitter une photo d'un rassemblement de Noël, montrant 15 personnes autour d'une table, célébrant un repas de fête. Non seulement ce rassemblement était illégal au regard des règlements sanitaires en vigueur en Ontario, mais M. Hillier semblait défier les autorités sanitaires. Si certaines personnes se sont indignées de cette photo et ont même demandé la démission de M. Hillier, d'autres l'encouragent à défendre sa « liberté ».

Cela montre la volonté d'une personne de faire les choses selon ses convictions, malgré les réalités de la COVID-19, y compris le nombre de cas et de décès, et en pleine connaissance des règles établies. Les « faits véritables » peuvent être énoncés, correctement diffusés et atterrir dans les bonnes boîtes de réception ou sur les bons murs de réseaux sociaux, mais en fin de compte, il semble que les gens puissent faire preuve d’une paresse cognitive qui les empêche d'accepter les faits, de prendre du recul par rapport à l'information et de réfléchir de manière critique.

Autres initiatives pour lutter contre les « faux faits »

L'article du Globe and Mail affirme qu'il est important que les autorités sanitaires et les responsables gouvernementaux utilisent tous les moyens à leur disposition pour faire comprendre aux gens que les vaccins sont sûrs, que se faire vacciner est le seul moyen de se protéger et de protéger les autres, que les vaccins ont sauvé des vies dans le passé. L'autre élément que l'auteur propose est de mettre en avant des personnes influentes qui sont prêtes à se faire vacciner pour donner l'exemple et rassurer le public. Ces initiatives ont déjà été utilisées ou sont en cours d'utilisation par des organisations telles que les Nations Uniesl'Organisation mondiale de la santé (OMS) et les gouvernements. Des entreprises telles que Facebook, Twitter et Google contribuent également à la lutte contre les « faux faits » susceptibles de nuire aux efforts de vaccination. 

Toutefois, dans certains cas, ces bonnes intentions ont des effets inattendus. Aux États-Unis, les personnalités qui se sont portées volontaires pour être vaccinées et donner l'exemple ont suscité quelques doutes. N'est-ce pas plutôt une stratégie de la part de certains politiciens pour profiter de la situation et se faire vacciner en priorité, sous prétexte de donner l'exemple?

En ce qui concerne les compagnies de réseaux sociaux, les chercheurs d'une autre étude du MIT ont constaté que les étiquettes « contestées » ou « fausses » que Facebook ou Twitter apposent sur des publications vérifiées mènent à ce que les chercheurs appellent « la vérité implicite ». En d'autres termes, dans la perception des gens, les publications qui n'ont pas ces labels sont vraies, ce qui n'est pas toujours le cas.

Quelle est la solution ultime ?

Une infodémie, telle que définie par l'Organisation mondiale de la santé, est « une surabondance d'informations - certaines exactes et d'autres non - qui fait qu'il est difficile pour les gens de trouver des sources dignes de confiance et des conseils fiables lorsqu'ils en ont besoin ». Il s'agit de la contraction des mots « information » et « épidémie » ou « pandémie ». 

Il ne suffit pas d'inonder la sphère de « faits réels », comme nous l'avons établi. Mais c'est un début. Ce faisant, il est aussi nécessaire de fournir aux gens le matériel dont ils ont besoin pour distinguer le vrai du faux. Cela signifie que sans éducation ou sans compréhension de notre propre psychologie, les « faits véritables » n'auront aucun effet face à la montée de la mésinformation et de la désinformation. En outre, dans le cas d'urgences sanitaires telles que la COVID-19, il est important que des organisations telles que l'OMSSanté Canada préparent des stratégies efficaces pour produire, distribuer et contrôler rapidement l’information au sujet de la situation.

Cependant, une information exacte, même si elle est largement diffusée et sous diverses formes, n'est qu'une pièce d'un puzzle géant en perpétuel changement. Chaque information est en effet soumise à l'interprétation de l'esprit humain et à la volonté des individus - qui sont à tout le moins en constante agitation en période d'incertitude et d'urgence, ce qui complique d’autant la psychologie entourant la mésinformation et de la désinformation. 

Réduire la mésinformation et la désinformation exige une approche diversifiée impliquant les gouvernements, les législateurs, les éducateurs, les grandes entreprises technologiques, la société civile et les individus. Tant que toutes les parties concernées ne s'attaqueront pas de manière stratégique et cohérente à ce problème mondial, il continuera à prendre de l'ampleur. 

Comment lutter contre la mésinformation et la désinformation ?

Personne n'est à l'abri de la consommation et du partage de la mésinformation et de la désinformation. Nous devons tous nous armer pour lutter contre ces fléaux croissants. C'est dans cet esprit que nous avons créé un guide simple et facile à retenir: le cadre FAITS pour lutter contre la mésinformation et la désinformation. Vous pouvez le trouver sur cette page et le partager. Si vous voulez en savoir plus sur la psychologie qui se cache derrière notre vulnérabilité à la mésinformation et à la désinformation, nous vous encourageons à lire cet article de First Draft News.

Notre objectif est de vous fournir des faits vérifiés aussi exacts et à jour possible. Si vous pensez que nous avons fait une erreur ou que nous avons omis des renseignements importants, veuillez nous contacter.

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https://www.covid19facts.ca/fr/faits-verifies/le-niveau-de-desinformation-a-augmente-depuis-le-debut-de-la-pandemie-de-la-covid-19

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https://www.covid19facts.ca/fr/faq

https://www.covid19facts.ca/fr/a-propos/cadre-faits

University of Baltimore

https://www.ubalt.edu/news/news-releases.cfm?id=3425

Massachusetts Institute of Technology

https://news.mit.edu/2018/study-twitter-false-news-travels-faster-true-stories-0308

https://news.mit.edu/2020/warning-labels-fake-news-trustworthy-0303

University of California Santa Barbara

https://www.cits.ucsb.edu/fake-news/why-we-fall

Global News

https://globalnews.ca/news/7544950/mpp-randy-hillier-posts-a-photo-of-15-people-in-one-room-celebrating-christmas/

First Draft

https://firstdraftnews.org/latest/the-psychology-of-misinformation-why-were-vulnerable/

United Nations

https://www.un.org/en/un-coronavirus-communications-team/un-tackling-%E2%80%98infodemic%E2%80%99-misinformation-and-cybercrime-covid-19

World Health Organization

https://www.who.int/teams/risk-communication

https://www.who.int/news-room/events/detail/2020/12/27/default-calendar/international-day-of-epidemic-preparedness

World Economic Forum

https://www.weforum.org/agenda/2020/05/how-to-fight-the-covid-19-infodemic-lessons-from-3-asian-countries/

Santé Canada

https://www.canada.ca/fr/sante-publique/services/mesures-interventions-urgence.html

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